En plein exercice, c’est au tour d’un élève qui ne parvient pas à sortir un mot ou si peu que…les autres s’impatientent !
Dur. Pour l’élève qui sent qu’en plus de peiner à trouver sa place dans l’exercice il sent qu’il ralentit le dynamisme général. Dur pour les autres qui veulent que ça avance. Dur pour nous, animateur, parce qu’il faut gérer la situation.
Alors évidemment chacun et chacune fait selon ses sensibilités, objectifs et pédagogie. Personnellement, je ne suis pas partisan du fait de presser un élève jusqu’à l’exclure d’un exercice s’il n’y arrive pas du premier coup. Si je dois ralentir pour rattraper certains qui auraient décroché en route, je le fais. Le théâtre pour moi, dans le cadre de cours avec des enfants, n’est pas une course à la performance mais une aventure collective où chacun et chacune peut grandir individuellement selon son propre rythme.
Alors que faire ?
d’abord assumer un silence. En général, l’élève ne va rien dire et ainsi montrer qu’il ou elle ne peut pas faire l’exercice. Ce silence n’est pas du vide, il est une lutte, une négociation intérieure avec l’élève lui-même. Je laisse d’abord cette négociation se faire d’elle-même. Et s’il y a des élèves qui commencent à manifester leur impatience, je le laisse aussi exister ce temps d’expression. Ah bon ? Pourtant ça peut mettre la pression à l’élève qui est en difficulté non ? Oui, si on le laisse trop longtemps tout seul ! Mais ce n’est jamais ce que je fais évidemment. Je laisse les autres s’exprimer un temps parce que d’une ils ont le droit aussi de s’exprimer. Deux, cela montre leur motivation. Ils ont vécu l’exercice comme un spectacle qui prenait forme à mesure que chaque artiste participait jusqu’à cet élève qui n’arrive pas à sortir un mot. Les autres vivent non pas cette incapacité à faire l’exercice mais ils éprouvent l’interruption du « spectacle » qui les tenait en haleine. Et puis aussi parce qu’il est important que l’élève qui peine sente aussi qu’un public l’écoute, prend au sérieux sa présence et le considère.
Après avoir laissé volontairement un mini temps pour que tout le monde puisse vivre sa propre situation en fonction de leur propres intérêts, je sécurise le terrain. Je m’explique : Je dis aux élèves que c’est chacun son rythme, et que le théâtre n’est pas uniquement une quête de résultat mais aussi ces moments de recherche. Ainsi, les élèves impatients laissent l’autre tranquille et se laissent aussi tranquilles. Ils ne vivent plus une attente de quelque chose pour que les choses avancent mais ils se détendent et passent en mode « soutien » en faveur de l’élève qui peine. Ce dernier se libère de la pression générale et je gagne ainsi son écoute. Il sent que je ne passerai pas à autre chose sous prétexte qu’il ne réussit pas dans l’immédiat. Ensuite je lui dis que je ne forcerai personne à faire quelque chose qu’il ou elle n’a pas envie de faire. Mais que, par contre, je l’inviterai à se forcer lui-même. Ainsi, cela responsabilise les enfants. En gros cela revient à lui dire « c’est toi qui a les cartes en main et peut-être que tu peux toi même trouver dans tes propres ressources et avoir les bons mots, le bon ton en négociation avec toi pour passer à l’action. C’est leur cours, leur moment, leur difficulté et ils décident de l’énergie et de l’attitude à adopter face à ce qu’ils vivent. c’est une façon aussi de bien clarifier les places de tout le monde.
Si l’élève reste silencieux alors il faut soi-même négocier. Si on a été observateur, on a pu voir s’il prenait du plaisir à voir les autres faire l’exercice. Dna sce cas là, on peut s’appuyer dessus et lui faire reconnaitre qu’une part de lui y trouve du plaisir. Le lui faire dire. Puis l’inviter à « donner le micro » à cette part en lui. Ensuite il faut faire preuve d’autorité et lui demander avec bienveillance et fermeté de se lever, de se positionner et d’y aller. Et en général, à ce stade ça marche.
